Des retrouvailles

Des retrouvailles - Gustave Dupras

Un matin, avant de partir au travail, mon téléphone sonna. C’était un vieil ami avec lequel j’avais vécu en colocation dans un appartement pendant mes études universitaires. Je ne l’avais pas revu depuis au moins dix ans. Il était de passage dans ma ville et il me proposait un dîner au restaurant, ce soir. Je n’avais rien de prévu dans mon agenda, à première vue. Je ne note pas tout, mon organisation est un peu défaillante. Mais, là, je ne voyais rien qui m’empêcherait d’aller retrouver mon ami.

Je pensais toute la journée à nos futures retrouvailles. Évidemment, je me demandais s’il avait changé physiquement et mentalement, s’il s’intéressait encore à l’aviron, s’il avait fondé une famille, ou non. Nous sommes encore jeunes, mais, parfois à trente ans, les cheveux blanchissent chez certains prématurément. Était-ce son cas ? J’avais l’impression que le temps passait plus doucement que d’habitude. C’est souvent comme ça quand je suis dans l’attente d’un événement. Juste au moment où j’allais partir, ma secrétaire me rappela que j’avais un rendez-vous à six heures du soir chez mon dentiste. C’était à l’opposé de l’endroit où je comptais aller. Je hélais un taxi qui me conduit rapidement jusqu’à chez mon praticien dentaire. Heureusement, je n’eus pas à attendre. Il me prodigua des soins un peu douloureux, mais je savais que je ne pouvais pas faire autrement.

Enfin, j’étais libre, il était sept heures du soir. J’arriverai à l’heure pour le souper prévu. Je repris un taxi qui m’emmena devant le restaurant. Je regardais à travers la vitrine, discrètement, mais Paul, mon ami, n’était pas encore attablé. Je l’attendis dehors, regardant les magasins aux alentours. L’un d’eux vendait un test de qualité de l air pour l‘intérieur. Je notais qu’il faudrait que j’en acquière un. Quelques gouttes s’écrasèrent sur le trottoir. Je me dépêchais de me mettre à l’abri sous l’auvent du restaurant. Je finis par rentrer au bout de quinze minutes environ.

Lorsque je m’assis, j’entendis une voix m’appeler. C’était un homme avec des lunettes et à la forte corpulence qui était au bar. Impossible que ce soit Paul, lui qui était si svelte ! J’étais abasourdi. Il reconnut que son embonpoint avait grandi avec les années qui passaient. Sa femme était une excellente cuisinière. Les lunettes étaient la conséquence de trop d’heures passées devant un écran d’ordinateur. Mais, au fur et à mesure qu’avançait la soirée et que notre discussion continuait, je constatais qu’il était toujours resté le même.