L'oubli

L'oubli - Gustave Dupras

Les chaussures de randonnée, qu’Annie m’avait offertes, étaient si confortables, que j’ai pu marcher pendant trois heures, sans avoir mal aux pieds. Après une douche, je me suis habillé pour sortir, et j’ai cherché mes lunettes de soleil. Elles n’étaient pas dans la chambre, pas dans l’étui, ni dans aucun autre endroit où je les range habituellement. J’ai regardé dans le sac que j’avais pris pour la randonnée. Là non plus, je ne les ai pas trouvées. J’ai pensé que je les avais laissées dans mon automobile. Je suis parti, confiant, mais, avant de démarrer, j’ai voulu mettre mes lunettes. J’ai retourné toutes les boîtes de mon véhicule, elles n’étaient nulle part. Je suis retourné chez moi, persuadé que je les verrais dès que je rentrerais. Ce ne fut pas ainsi que les événements se sont passés.

J’ai commencé par balayer du regard chaque pièce de la maison. Je ne les voyais toujours pas, je me suis donc assis pour tenter de me calmer, et de me remémorer la dernière fois que je les avais portées. Il me semblait, pourtant, que je les avais mises pour conduire, au retour de la promenade que j’avais faites le matin même. J’ai écrit les étapes que j’avais suivies, car cette méthode m’a souvent servi pour retrouver la mémoire. Rien ne me revenait. Comme je n’avais aucune autre paire avec des verres correcteurs, et traités pour filtrer la lumière du soleil, j’ai dû me résigner à porter ma paire habituelle. J’ai démarré et, pendant le trajet, je me suis détendu. J’avais quelques minutes de conduite avant d’arriver à ma destination quand le souvenir de ce qui s’était passé, lors de la perte de mes lunettes, m’apparut dans toute sa netteté.

Pendant la marche, j’avais discuté avec Béatrice de l’Agence de placement Travailleurs sociaux Québec que mon frère lui avait recommandée. Nous nous étions arrêtés, juste après cette conversation, pour observer des cerfs et des biches qui passaient. Je voulais prendre une photo et j’avais posé les lunettes sur une pierre, craignant qu’elles soient cassées si je les mettais dans une poche de ma veste. J’avais rangé mon matériel photographique, et j’étais reparti, les laissant là, en pleine nature, sur un chemin presque impossible à refaire de nuit. J’avais ma réponse, mais j’étais déçu de les avoir perdues. J’ai été surpris de voir Béatrice conviée chez Max et Lynda. Ce fut une chance, car elle avait récupéré ce que j’avais oublié sur la pierre.